La formation a réuni une quinzaine de participants à l’International School of Dakar (ISD) . Pour bien comprendre de quoi il s’agit, la formatrice Nadia Thiongane a rappelé l’intérêt du compost ainsi que le principe chimique et microbiologique en quatre phases.

Conception d’un composteur

Nadia a ensuite abordé la conception du composteur en essayant de mettre en lumière les avantages et les inconvénients de chaque matériau, notamment dans le contexte sénégalais. Elle a en outre illustré la réflexion avec le prototype qu’elle a elle-même développé à Dakar.

Il s‘agit d’un fût en métal, fermé pour éviter d’attirer des animaux tels que des rats, mais percé de trous pour permettre l’aération. Les déchets organiques ou carbonés sont introduits en haut et le compost est récupéré après 5 à 6 mois à partir de l’ouverture du bas.

Une interrogation persiste néanmoins sur l’usage initial des fûts et les potentiels traces de produits qu’ils contiennent encore. Notons qu’un composteur ne doit pas nécessairement être fermé (comme un des composteurs de l’ISD).

Notons également que ce composteur n’a pas de tamis intégré. Ainsi le produit récupéré pourra être tamisé ensuite pour séparer les morceaux trop volumineux restants, ces derniers pouvant alors être réintroduits dans le composteur pour poursuivre leur processus de décomposition.

Que mettre dans le composteur?

Une fois le composteur choisi, reste à savoir ce qu’il est possible d’y mettre. Pour y réfléchir collectivement, Nadia a proposé à chacun de tirer un bout de papier sur lequel était inscrit un déchet et de dire si, oui ou non, il était possible de le composter. L’exercice a suscité de nombreuses réactions et débats.

  • Les excréments peuvent être dégradés mais pour des raisons d’hygiène, ils ne sont pas recommandés.
  • Contrairement à une idée reçue, les agrumes peuvent être incorporés sans problème dans le composteur mais comme la plupart des gros déchets, il vaut mieux les découper en morceaux préalablement.
  • Les restes alimentaires ne sont pas recommandés dans le compost, ou seulement introduits en très faible proportion. Plus que la question de la possibilité de composter ces déchets, c’est avant tout au gaspillage alimentaire qu’il faut faire attention et qu’il faut chercher à prévenir. On note néanmoins qu’à l’ISD, les restes de riz sont mis dans le compost.
  • Les gros branchages doivent être préalablement découpés . Globalement, plus les déchets sont de petite taille, plus ils se décomposeront facilement et donc rapidement.
  • Evidemment les stylos bics ne se compostent pas. Et si on passait aux crayons à papier ?
  • Si le papier est compostable, l’encre ne l’est pas ! Il ne faut donc pas mettre les feuilles imprimées ou encore le journal, mais ces derniers peuvent être recyclés .
  • La poussière ne peut pas être valorisée en compost et elle contient peut-être des particules non dégradables voire toxiques.

En résumé :

Dans le compost Pas dans le compost
Allumettes (déjà craquées)Plante malade
Cure dentProduits laitiers
Petit branchageExcréments
Mouchoirs usagersRestes de viandes ou poissons
Marc de caféOs, arrêtes
Coquille d’œufTissu
SopalinBics
Carton broyéPapier imprimé
Déchets végétaux de jardin

En définitive, beaucoup de déchets sont compostables mais il faut toujours faire attention aux proportions et bien équilibrer son composteur entre matière azotée et matière carbonée .

  1. Où mettre le composteur
    Un composteur doit être mis au bon endroit, notamment à l’ombre : par exemple sous un arbre qui lui apportera ombre et humidité.
    Bien qu’un bon compost ne dégage a priori pas d’odeur, il est préférable de considérer aussi cet aspect dans le choix du site.
  2. Quel entretien ?
    Faire son compost demande un entretien régulier :
    • Il faut le remuer avec un bâton à chaque fois qu’on ajoute de la matière
    • Il faut l’humidifier si besoin car la matière ne doit pas être sèche. Si au contraire le compost est trop humide, il faut rajouter de la matière carbonée.
    • Notons que la sciure de bois est un bon composé carboné à ajouter mais n’est pas recommandé si le bois a été traité.

Visite des deux sites de compost de l’ISD

Guidés par Pape Abdoulaye Gueye qui a la charge de la gestion du jardin de l’ISD, les participants ont pu voir à quoi ressemblaient les deux composteurs de l’école et le potager qui en bénéficie. Pape Abdoulaye Gueye a en outre expliqué le fonctionnement au quotidien (alimentation du composteur, entretien, etc.)

Composteur sur socle en ciment

Le premier composteur visité a été construit il y a 8 ans. Il a un socle en ciment et est composé de deux compartiments que l’on remplit l’un après l’autre. Les déchets sont déposés sur une sorte de tamis qui permet de récupérer en dessous le compost finement décomposé. On observe la présence importante de lombrics qui appuient également le processus (par lombricompostage). On voit aussi que des plantes ont poussé dans le compost : c’est bon signe ! Enfin des moucherons sont présents mais cela semble normal et ne pose pas de problème.

A l’ISD les déchets ne sont pas préalablement broyés mais cela ne semble pas poser de problème pour des composteurs de cette taille. Tous les deux, trois jours, Pape Abdoulaye Gueye remue et si besoin humidifie les tas. Un prototype similaire a été construit par Pape Abdoulaye Gueye dans un lycée de Ouakam (environ 175 000 FCFA).

Sur la face arrière du composteur, on peut voir des tuyaux qui permettent de drainer les eaux produites par le processus de décomposition et ainsi éviter l’excès d’humidité. Pour contrôler la température du compost, l’ISD utilise le thermomètre ci-dessous.

Composteur directement sur la terre

L’ISD dispose d’un autre composteur, de conception plus rudimentaire, mais a priori pas moins performant, constitué de simples palettes en bois au milieu desquelles les déchets sont entassés.

Le compost est ensuite tamisé et les gros déchets sont séparés du terreau obtenu (voir ci-dessous). Il peut arriver que l’on retrouve quelques déchets plastiques qui auraient échappé à la vigilance des uns et des autres. C’est le moment de les enlever. A l’ISD, chaque jour les élèves apportent dans des brouettes les déchets à composter. Cela fait partie de leur cursus éducatif

Le terreau produit est ensuite utilisé dans le potager ou bien vendu à 1 500 FCFA le « sac de ciment ». Il a d’ailleurs été noté qu’il serait intéressant de creuser la valorisation économique du compostage pour inciter des personnes à se lancer dans cette activité : par exemple en proposant à quelqu’un de s’occuper d’un compost, en le formant, puis en l’approvisionnement régulièrement en matière organique. Ensuite celui-ci pourrait revendre le sac de terreau au prix du marché et à moitié coût pour les personnes lui ayant fourni de la matière.

Remarques

  • L’ISD a approché le département agriculture de l’UCAD pour tester la qualité de leur compost. Les résultats sont en attente.
  • La présence de petits vers blancs, comme l’odeur de moisi, sont des signes de pourriture et non de décomposition.
  • Le choix de conception d’un composteur devra aussi prendre en considération le niveau d’acceptabilité sociale des personnes environnantes.

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