L’association Djarama, située à Toubab Dialaw, vise à « construire, par l’éducation et la culture, une jeunesse consciente de ses valeurs et respectueuse de l’environnement ». Dans le cadre de son prochain festival Djaram’Art (du 1er au 5 avril 2020), l’association est en train de développer un projet « environnement ».

Afin de travailler sur un axe « déchets », Djarama a sollicité l’appui de l’association Zéro Déchet Sénégal pour former environ 15 personnes (membres de Djarama et de l’association Amicale des Jeunes de Ndayane) le samedi 12 octobre. L’objectif était de former ces personnes afin qu’elles puissent à leur tour former les enfants et adolescents de la zone.

Deux thématiques spécifiques souhaitent être approfondies :

  1. La réduction des déchets
  2. Le recyclage et tri des déchets.

Précisons toutefois que l’association Djarama a été pensée dès sa création selon des considérations environnementales et sociales. Ainsi une démarche zéro déchet a déjà été spontanément entamée. Même s’il est toujours possible d’approfondir et d’améliorer certains points, l’enjeu réside donc principalement dans le développement intégré de cette démarche avec les acteurs extérieurs (parents d’élèves, autres écoles, associations de jeunes, de quartiers, collectivités locales).

De son côté, l’école Saint Exupéry de Dakar a déjà initié une réflexion et quelques actions concernant la problématique des déchets, lors de la précédente année scolaire (2018 – 2019). Aussi, dans une perspective de partage d’expériences, il a donc été proposé d’associer cette école à la sensibilisation/formation du 12 octobre.

Plus largement, d’autres structures ont été invitées à participer à cet évènement : Association Bio Dialaw, Association Zéro Déchet Petite Côte et Clean My Dakar.

Formation Zéro Déchet

La problématique des déchets a été présentée à l’échelle mondiale puis, plus spécifiquement, à l’échelle du Sénégal. Ensuite, pour discuter des bonnes ou des « fausses bonnes solutions », un reportage sur les déchets au Sénégal et sur les initiatives entreprises, a été diffusé puis débattu.

On rappelle que l’approche Zéro Déchet consiste avant tout à « refuser, « réduire » et « réutiliser », même si « recycler » fait également partie des « 5 R », avec le « rendre à la terre = composter ». Un 6ème « R » pour « réorganisation » est également un point clef de la démarche.

Pour finir la matinée, les participants ont été invités à se répartir en quatre groupes pour réfléchir aux problèmes et solutions individuelles et collectives concernant les déchets suivants :

  1. Les gobelets (groupe 1)
  2. Les mégots (groupe 2)
  3. Les produits ménagers (groupe 3)
  4. Les canettes (groupe 4)

Nous présentons quelques-unes des solutions proposées par chaque groupe:

Groupe 1 (gobelets) : sortir avec sa gourde ; utiliser des verres d’ataya au niveau des vendeurs de café. Le problème des gobelets est avant tout lié à la mobilité. Avant les gens prenaient le temps de s’arrêter pour boire leur café.

Groupe 2 (mégots) : diffuser le concept « un verre de mégot – un verre offert » dans les bars (préserve l’environnement du bar, présente un intérêt marketing mais aussi financier car les consommateurs viennent souvent à plusieurs donc consomment plus qu’un verre) ; il existe des doudounes faites à base de mégots ; mettre des messages de sensibilisation à l’environnement sur les paquets de cigarettes (et pas seulement des messages sur la santé).

Groupe 3 (produits ménagers) : il est possible de fabriquer ses propres produits ménagers mais certains sont eux-mêmes dans des emballages donc, sauf à trouver systématiquement des produits solides – le problème des déchets d’emballage reste entier. Du reste, la question des produits ménagers soulève également une question sanitaire (produits toxiques) que l’utilisation de produits écologiques (savon noir, vinaigre blanc, bicarbonate de soude, etc.) peut permettre de résoudre, à condition d’être facilement disponibles et à un prix accessible pour les usagers.

Groupe 4 (canettes) : s’organiser au niveau des quartiers pour trier et monter des points de collecte. En pratique, l’aluminium est souvent réutilisé pour de l’artisanat ou revaloriser pour de la quincaillerie. Il s’agit donc surtout de trier et de rassembler la matière pour la rendre disponible pour un nouvel usage.

Lors des discussions animées, un participant a fait remarquer avec ironie qu’en réalité, les camions de collecte effectuaient déjà un premier tri, en récupérant ce qu’ils peuvent valoriser facilement.

Un débat a également eu lieu sur l’entreprise Récuplast qui a récemment ouvert un point de collecte à Toubab Dialaw mais qui n’a encore jamais fonctionné, entrainant le mécontentement des habitants de la zone qui s’étaient pourtant préparés à gagner un peu d’argent en rassemblant leurs déchets plastiques.

Présentation des structures et discussions autour de la question des déchets dans les écoles

Cette partie de la journée étaient réservé au partage d’expériences entre structures sur la question des déchets dans les écoles. Pour commencer, l’association Djarama a présenté :

  • sa démarche : l’environnement est au cœur du projet de Djarama et n’est pas seulement un projet pour le festival de cette année.
  • ses actions : tri des poubelles : une pour le plastique, une pour le verre et une pour le reste, plus une compostière pour les déchets organiques qui ne vont pas au poulailler ; sensibilisation des parents lors des réunions parents-élèves ; nettoyage chaque semaine par une classe différente ; des sorties à l’extérieur pour faire des ramassages d’ordures.
  • les résultats constatés : les plus grands élèves sensibilisent eux-mêmes les plus petits (les nouveaux)
  • les outils : vidéos, photos, films diffusés et étudiés lors des cours ; créations artistiques ou ludiques à partir des déchets collectés (papier mâché, cache-pot à partir de bouteilles plastique, sacs faits à partir de vieux T-shirts  vendus ensuite pour financer des sorties scolaires) et expositions, spectacles.
  • ses projets : festival Djaramart sur l’environnement ; idée d’emmener les élèves à Mbeubeuss
  • ses difficultés : les goûters venant de l’extérieur, le changement en dehors de Djarama, au niveau des populations locales, les plastiques (l’idée d’exploiter les sachets plastiques pour fabriquer des dalles a aussi été évoquée ), le tri encore insatisfaisant dans les quartiers (sables et branches atterrissent dans les poubelles, alourdissant le poids de la collecte des déchets et abimant les véhicules de collecte).

A partir des éléments partagés par Djarama, de nombreuses discussions et débats ont eu lieu. Sur les goûters et les produits alimentaires vendus près des écoles :

  • Il a été rappelé qu’auparavant des femmes vendaient des glaces, produites dans des contenants réutilisables et que le consommateur pouvait saisir à partir de bâtonnet en bois (il n’y avait qu’à démouler), alors qu’aujourd’hui les femmes utilisent des sachets plastiques comme contenant. Ce changement s’expliquerait a priori par la praticité de l’usage de plastique.
  • Bien qu’en raison de son éloignement géographique Djarama ne soit pas concernée, la possibilité pour les chefs d’établissement scolaire, de réglementer ce qui est vendu devant l’établissement, semble admise.
  • A l’école EBA de Ngaparou, chaque famille prépare tour à tour le goûter pour tout le monde. Toutefois il semblerait difficile pour Djarama d’en faire autant compte tenu des moyens financiers des familles.
  • A l’EBA de Ngaparou, une élève de CM2 a spontanément fait un exposé sur la question du Zéro Déchet en se concentrant sur « comment faire un goûter Zéro Déchet » et en comparant économiquement et écologiquement différents goûters. Cette initiative a eu un large succès et il a été demandé à l’élève de faire son exposé dans d’autres classes (bientôt dans d’autres écoles ?). Le fait que cet exposé ait été réalisé par une élève, aux codes et langages partagés avec les autres élèves, semble avoir favorisé l’accueil très réceptif de l’exposé.

De là a été discutée l’idée d’organiser un partage d’expériences entre écoles par l’intermédiaire d’élèves, ou encore un concours entre écoles.

Aussi les participants ont tous jugés que les élèves constituaient en réalité des relais au sein des familles et qu’ils pouvaient ainsi être des facteurs de changement importants.

L’école Saint Exupéry de Dakar a ensuite présenté les activités déjà menées au sein de l’école (diagnostic zéro déchet, sensibilisation des élèves à l’occasion de cours, cantine en transformation zéro déchet), ses contraintes (zone urbaine de Dakar, pas de jardin) et ses idées de projets (utiliser des images aériennes de Mbeubeus pour les cours de géographie, mettre en place un compost, atelier couture pour faire des sacs en tissus).

La faisabilité du compostage a été abordée et débattue, en tenant compte des contraintes techniques ou logistiques de chacun. Plus largement, le lien entre l’alimentation et la production agricole (potager) a été réaffirmé comme moyen essentiel pour penser de manière intégrée et permettre aux élèves d’avoir une compréhension systémique de leur environnement.

L’association CleanMyDakar s’est également présentée : c’est une association jeune, basée à Ouakam, mise en place par Karimou Ba, qui vise à sensibiliser les dakarois à la problématique des déchets. Constituée d’environ une demi-douzaine de membres actifs, Clean my Dakar, a initié plusieurs actions de nettoyage en se réappropriant la dynamique des années 90 « Set Setal » (« rendre propre »). Ils ont lancé leur programme « Clean my school », au niveau de 5 écoles et ont déjà décerné des prix pour les écoles propres, lors de la visite de l’inspection. A cette occasion un jury composé de cinq personnalités administratives, associatives et entrepreneuriales, avait été mis en place.

Pour CleanMyDakar, il est important d’associer les autorités administratives et religieuses. CleanMyDakar a par ailleurs rappelé qu’il existait au Sénégal une semaine de l’école propre, en septembre, avant la rentrée des classes, lors de laquelle les communautés se mobilisaient pour nettoyer l’école.
CleanMyDakar a déjà fait visiter la décharge de Mbeubeuss à une trentaine d’enfants, avec un encadrement de l’UCG . Les enfants ont été fortement impressionnés et marqués par cette visite, signe qu’il s’agit d’une activité susceptible d’éveiller les consciences et de susciter un changement de comportement ensuite. On note du reste que chaque année, des classes visitent l’endroit.

Au cours des discussions, l’association Bio Dialaw, l’association Zéro Déchet petite côte et d’autres intervenants ont également pu partager leurs expériences et apporter leurs contributions aux débats.

A noter que certaines divergences sont apparues entre les visions portées par les acteurs : certains considèrent qu’il faut pouvoir proposer des solutions immédiates à la problématique des déchets pour les citoyens (ramassage, collecte, etc.) tandis que d’autres jugent prioritaires un changement de mentalités et de comportements (arrêter de consommer en produisant des déchets).

Axes de travail retenus

Pour terminer la journée, quatre axes de travail ont été choisis pour travailler cette année :

  1. Organiser une visite de la décharge de Mbeubeuss : il ne sera probablement pas possible d’emmener tous les élèves des écoles visiter la décharge (difficultés logistiques, réticences voire refus des parents, etc.). L’idée est donc plutôt
    • de discuter du sujet dans chaque école (exposés, débats sur « où vont les déchets ?
    • d’identifier dans chaque école un ou quelques élèves volontaires aller faire un « reportage » à Mbeubeuss (avec accord des parents)
    • d’organiser une visite de Mbeubeuss conjointe entre écolesde demander aux élèves choisis de restituer ensuite ce qu’ils ont vu dans leur école
    • CleanMyDakar bénéficiant déjà d’une expérience dans ce type d’activité, l’association pourra accompagner ce projet.
  2. Approfondir le lien alimentation – culture : il parait fondamental, pour apprendre aux élèves à mieux préserver leur environnement, d’approfondir le lien entre ce que nous mangeons et la production agricole, en passant par l’explication de ce qu’est le compostage. L’école de Djarama disposant d’un lieu adéquat (avec potager), il serait intéressant d’organiser des visites d’autres écoles.
    • Djarama s’est dit prête à accueillir les écoles intéressées.
  3. Réaliser un diagnostic Zéro Déchet dans les écoles : en cette fin de journée, un constat s’impose : toutes les écoles ne sont pas dans les mêmes configurations, et donc ne produisent pas les mêmes déchets ou ne disposent pas des mêmes moyens pour envisager des solutions. Il parait donc primordial que chaque établissement puisse réaliser son propre diagnostic sur les déchets.
    • Dans cet objectif, l’outil déjà utilisé par l’école Saint Exupéry pourrait être utilisé par chaque établissement. L’association Zéro Déchet peut également accompagner ces démarches.
  4. Capitaliser sur les outils pédagogiques et les valorisations artistiques déjà testées : assurément, les écoles présentes à cette journée ont déjà interrogé la question des déchets avec leurs élèves. Il serait donc intéressant de capitaliser sur ce qui a déjà été fait, afin de pouvoir mieux les partager entre structures.
    • Une idée de réalisation de podcast audio a été émise. Chaque école pourrait essayer de voir le format qu’elle souhaiterait développer, en fonction de ses moyens. Du reste, le festival Djaramart serait un bon endroit pour présenter ces capitalisations.
  5. Elaborer une déclaration commune à présenter lors du festival Djaramart : la mutualisation des expériences et la fédération des acteurs sont une force pour enclencher des dynamiques nouvelles. En ce sens, il parait utile de pouvoir unir les voix autour d’un message commun sur les déchets.